Visiter L’ absinthe à Barcelone

L’ absinthe à Barcelone

HISTOIRE D’UNE PETITE FÉE VERTE.

 
 

On connaît la sulfureuse réputation du breuvage…On lui reconnaît toutes les vertus.

 

UNE EAU VERTE-UEUSE!

Thérapeutiques d’abord: elle aiderait à soulager les maux d’estomac. En Algérie, les officiers français la recommandaient même pour faire passer les désagréments de la malaria et de la dysenterie.
Elle serait aphrodisiaque et stimulante ensuite: autant d’attributs qui ont contribué à sa rapide expansion en Europe. C’est aussi la boisson des artistes, elle donnerait de l’inspiration! Mais si elle en donne, faut-il encore avoir du talent, sinon on n’est qu’un alcoolique de plus qui passe une bonne soirée (ce qui n’est pas si mal au demeurant.)

Absinthe Barcelone

UNE EAU VERT-TUEUSE!

Elle a donc aussi ses détracteurs. Elle est abortive (rappelons qu’à l’époque, les femmes buvaient bien évidemment enceintes). Elle rendrait fou, notamment du fait de la présence de méthanol, un neurotoxique, et de la thuyone (la molécule que contient la plante d’absinthe) qui est connue pour exciter et désinhiber. Dans l’absinthe actuelle, la thuyone est limitée à 35mg/l, sans doute une dose bien moindre qu’au XIXe! Toulouse Lautrec en serait mort et Van Gogh se serait coupé l’oreille sous l’emprise de l’absinthe… Célèbres histoires.

 

Commercialisée en France

A la fin du XIXe, la “fée verte” fit la richesse de son principal distillateur en France, Monsieur Pernod. Et même s’il ne l’a pas inventé, son invention se perd dans la nuit des temps, il a su mieux que les autres: la commercialiser.

À ses débuts c’est un alcool assez cher, mais avec sa démocratisation, à la fin du XIXe, le prix d’un verre d’absinthe devient moins cher qu’un verre de vin. L’absinthe représente alors 90% des apéritifs consommés en France.

 

L’absinthe finit donc par y être interdite le 16 mars 1915.
Jamais à court de recette et pour la remplacer, la famille Pernod inventera alors le Pastis, et pour parler de l’absinthe perdue certains parleront du Pernod d’avant-guerre (avant l’interdiction, donc) mais ceci est une autre histoire…d’alcooliques nostalgiques!

 

L’absinthe à Barcelone

Autres moeurs autres cultures, à Barcelone l’absinthe continue de couler à flot dans les bars tout au long du XXe siècle. Notamment dans le quartier du Raval, haut lieu de débauche où l’on croisait des marins en goguette, des bourgeois venus s’encanailler, des anarchistes de tout horizon, des brigands de tout poil, des prostituées des deux sexes, tout un milieu interlope qui, malgré la guerre civile, malgré le franquisme, a toujours soif.

 

Le bar Marsella

Au bar Marsella, ouvert depuis 1820, l’absinthe continue d’animer les soirées. Baudelaire se serait copieusement absinthé entre ces murs, tout comme Picasso, Dalí, ou encore Hemingway. La vie d’artiste en somme.

Le décor à lui seul vaut le détour, le bar n’a presque pas changé depuis son ouverture: peintures écaillées et poussière d’époque, un écriteau qui vous interdit de chanter (Prohibido cantar)… Sans doute y traîne-t-il le Picasso de demain?!

 

La Criolla

Autre lieu louche, s’il en est, où l’on buvait de l’absinthe à Barcelone est la caverne de la Criolla. Ce lieu n’existe plus aujourd’hui: il a succombé sous les bombes italiennes le 24 septembre 1938, durant la guerre civile espagnole qui vit la victoire du général Franco. Il se situait au 10 de la rue Cid, près de Drassanes. C’était un haut lieu de travestissement où Jean Genet, notre célèbre écrivain français, venait s’y prostituer, faire quelques rapines et autres activités délictueuses qu’il narre « joliment » dans son livre « Journal d’un voleur ».

 

Georges Bataille y traîna aussi ses guêtres, on connaît la réputation sulfureuse du bonhomme. La Criolla était un cabaret où tout était permis, travestissement donc, prostitution, absinthe, cocaïne, morphine. Le célèbre acteur-réalisateur Douglas Fairbanks le décrira ainsi : «Je n’ai jamais vu une chose pareille, ni a Saigon, ni à Shangaï, ni à port Saïd, nulle part.» Simone Weil, de passage à Barcelone pour soutenir la cause républicaine pendant la guerre civile, en gardera aussi un souvenir éberlué.

 

Els 4Gats

Autre lieu mythique lié à l’absinthe, el 4Gats, est situé dans le quartier gothique. Bar, cabaret qui imitait le fameux « Chat noir » de Montmartre. Picasso et ses amis s’y rejoignaient pour boire l’absinthe des artistes.
C’est dans ce superbe bâtiment construit pas l’architecte du modernisme Catalan Puig i Cadafalch qu’eut lieu la première exposition de Picasso en 1900. Il a mis en scène à de nombreuses reprises la fée verte, notamment en 1903, ironiquement en pleine période bleue, « le buveur d’absinthe ». Aujourd’hui plus sage, le lieu offre néanmoins une très bonne cuisine. (C/Montsió).

 

 

Technique pour boire la parfaite absinthe.

1 verre large et une cuillère spéciale trouée.

2 techniques : Celle du «petit joueur» consiste à remplir le verre d’absinthe, de poser la cuillère avec un morceau de sucre et de verser de l’eau très fraiche sur le sucre jusqu’au dissolution. La méthode du « vrai connaisseur » consiste a poser la cuillère sur le rebord du verre rempli d’absinthe et d’arroser le sucre avec la liqueur puis de de faire flamber pour le caraméliser.

 

Si vous voulez que la fête soit plus folle, ressentir la douce euphorie du breuvage et goûter quelque chose d’authentique, laissez-vous tenter par l’absinthe! On trouve de nombreux bar à Barcelone qui la serve. On peut donc citer le bar Marsella ainsi que le bar Pastis dans le Raval, ou encore le bar Absenta sur la Barceloneta.

À la vôtre.